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L'Allemagne exporte tout, sauf son cinéma

moulinex

Le plus francophile des cinéastes allemands, Volker Schlöndorff, nous accueille dans sa maison de Potsdam pour parler septième art. Vue sur le lac Griebnitzsee, chants et cris d'oiseaux, difficile de croire que le Mur passait devant sa maison lorsqu’il s’est installé dans ce coin de paradis à quelques arrêts en S-Bahn de Berlin.

Que pensez-vous du cinéma allemand aujourd’hui dans l’industrie cinématographique mondiale ?

Internationalement, le cinéma allemand ne joue pas un grand rôle. L’Allemagne exporte tout, sauf son cinéma. C’est surtout l’audiovisuel télévisuel allemand qui s’exporte très bien. En ce qui concerne les films commerciaux, la production cinématographique est centrée sur le marché national. Le cinéma d’art et d’essai n’existe pratiquement pas. Les autres films sont en majorité des premiers films, des films de fin d’études d’école de cinéma, subventionnés par les télévisions qui les cofinancent mais ne les montrent pas, un pur cinéma de subvention.

Pourquoi cette désaffection du cinéma d’auteur en Allemagne ?

L’expression “cinéma d’auteur” n’a pas la même signification ici qu’en France. En Allemagne, c’est très péjoratif. Autorenkino, ça désigne plutôt ce que nous faisions, nous, dans les années 1970 un cinéma engagé, à la recherche d'une nouvelle esthétique, loin du cinéma de divertissement ndlr. La jeune génération n’applique pas ce mot à ses films. La plupart font des “films de genre”: comédie, films policiers, films d’action, quelques mélodrames. C’est un marasme. Comme le comité de sélection de Cannes, j’ai du mal à trouver un film que j’aurais envie de voir.

filme cinéma allemagne

Quelle est la situation en France ?

Le cinéma français se porte mieux car il y a une séparation très nette entre télévision et cinéma. En Allemagne, les films sont financés en général par la télévision. Ils sont conçus par la télévision, avant même d’être tournés. Ils doivent pouvoir passer directement de la toile à l’écran de télévision. On ne se préoccupe pas de ce qui intéresse le spectateur de cinéma, de ce qui pourrait motiver le spectateur à aller au cinéma. À l’inverse, en France, le cinéma a besoin d’un élément spéculatif. Il faut que ce soit un film comme on n’en a jamais vu, raconté de façon différente, qui aborde un nouveau sujet. Sans cet angle, inutile d’aller dans les salles, il suffit d’allumer sa télé ! Et à côté de la masse des films de divertissement, il y a un cinéma de jeunes auteurs qui ose plus que le jeune cinéma allemand.

Les publics français et allemand sont-ils différents ?

Ils sont totalement différents. En France, il y a une vraie cinéphilie, il y a un public qui s’intéresse au cinéma d’art et d’essai, tout en s’amusant des grosses machines commerciales. Il y a aussi un public de rétrospectives, qui a une culture cinématographique et un savoir sur l’histoire du cinéma, non pas de ces cinq dernières années, mais sur 50 ans. Et traditionnellement, ça n’existe pas en Allemagne. Et il n’y a pratiquement plus de salles d’art et d’essai, à part quelques exceptions dans les grandes villes. Pourtant, sous la surface, il reste des gens qui ont soif de cinéma de qualité. Une fois par an, ils organisent un festival dans leur ville. D’un seul coup, vous avez tout Tübingen ou tout Ludwigshafen qui, pendant une semaine, va voir trois/ quatre films par jour. Après, c’est à nouveau le désert jusqu’à l’année prochaine.

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On lui reproche d’être “rigide, lente, sinistre ou trop intello” : que pensez-vous de l’École de Berlin ?

Ah non, c’est très bien! Ce sont les seuls films visibles! Ils se trouvent dans une telle position de contestation permanente contre la ligne générale du cinéma allemand qu’ils font presque exprès de rebuter le spectateur. C’est pour se démarquer de ce conformisme harmonisant qui règne partout. C’est quand même une attitude sympathique et compréhensible. Ce sont des films très forts: par exemple, Barbara, de Christian Petzold, est un film qui gagne à être revu. À chaque fois, il s’améliore. Montrez-moi un seul autre film allemand qu’on puisse voir plusieurs fois !

Jan-Ole Gerster nous accorde une interview (page 108). Qu’avez-vous pensé de son film Oh Boy ?

C’est joli, c’est très sympathique. Bon, il n’essaie pas d’ouvrir de nouveaux chemins. Il revient à la nouvelle vague, c’est un film nostalgique, rétro. Mais c’est une façon de refuser la fabrication industrielle habituelle des films. Et le public a honoré ça en disant: “Ah, enfin du nouveau!” Et il faut dire que le film est porté par son acteur Tom Schilling qui est merveilleux, qui a une fraîcheur, une invention !

Vous allez débuter cet été le tournage de Diplomatie qui raconte comment, en août 1944, le général allemand Dietrich von Choltitz a sauvé Paris de la ruine en refusant d’obéir à un ordre d’Hitler. Devant la progression des Alliés, ce dernier voulait faire sauter la tour Eiffel et les ponts de la capitale française. Il s’agit à nouveau d’un film tourné vers le passé, l’histoire. Est-ce un thème important pour vous ?

Je suis né en 1939, mes premiers souvenirs sont liés à la guerre et à l’après-guerre. Et puis, il faut bien dire qu’en temps de guerre, il se passe des histoires autrement plus intéressantes qu’en temps de paix. L’Histoire avec un grand H vient chambouler la vie des individus et les met à l’épreuve. Et quand on est mis à l’épreuve, on devient qui l’on est vraiment. Dans Diplomatie, l’individu doit décider de ce qui est important pour lui: quelle image se fait-il de lui-même, comment se comporter de façon juste par rapport à lui-même? Et une fois qu’il y a répondu, va-t-il avoir la force de le faire, face à des questions de vie ou de mort? Parce qu’en temps normal, si la plupart des gens ne savent pas qui ils sont, c’est que la vie ne leur demande pas de chercher la réponse. Ces histoires, c’est quand même plus intéressant que le combat avec la tranche de jambon et le bout de pain quotidien !

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Vous sentez-vous un réalisateur “allemand” ou européen ?

Européen, ça oui. Est-ce que je suis plus allemand ou plus français ? C’est une question que je ne me pose plus. En Europe, on est arrivé à un point où l’on se pose moins cette question des nationalités. Il n’y a que les Français qui restent très français. C’est d’ailleurs une particularité qui ne les sert pas.

Berlin – nouvelle ville fétiche de l’Europe : que vous inspire cette ville ?

Cela me surprendra toujours ! Quand j’ai débarqué de New York, après la chute du Mur, c’était une ville triste et déprimante, où rien ne marchait. Dans les années 1990, la ville n’exerçait pas cette attraction. Ce sont les gens qui sont venus à Berlin qui ont inventé un nouveau Berlin, comme une nouvelle Jérusalem – une ville, je crois, en grande partie imaginaire. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait un vide. Il y a de la place, des espaces à réinventer. Un vide qui appelle les gens qui cherchent à échapper à des façons de vivre trop réglementées, trop bourgeoises, trop ritualisées. Et qui peuvent inventer ici une autre façon d’être ensemble et de travailler.

Les filmes allemands depuis 1990:

"Pappa Ante Portas" (Loriot, 1991) :

Vicco von Bülow, alias Loriot, n'a commencé sa carrière cinématographique qu'à l'âge de la retraite. Ses films s'inscrivent donc naturellement dans la continuité de ses œuvres télévisées, dans lesquelles il embroche le philistin allemand comme Nabokov embroche ses papillons. Après sa retraite anticipée, Heinrich Lohse reste stupéfait comme un petit enfant devant sa liberté retrouvée, et doit lentement apprendre à la gérer, sans la sienne, bien sûr, de la merveilleuse Evelyn Hamann.

"00 Schneider - Hunt for Nihil Baxter" (Helge Schneider, 1994) :

Helge Schneider n'est pas seulement le comédien le plus doué du pays, il est aussi un merveilleux cinéaste. Il laisse parler les lieux - dans son cas, la région de la Ruhr - comme Wim Wenders, travaille avec un merveilleux ensemble (amateur) comme Fassbinder et, comme Kaurismäki, utilise l'apparence d'amateurisme pour désigner la production elle-même. Du grand cinéma, ce persiflage de film policier.

"AU REVOIR, LENIN !"(Wolfgang Becker, 2003) :

On cherche désespérément des cornichons Spreewald : Dans la comédie bizarre Wende de Wolfgang Becker, le socialisme de la table à reins revient à la vie. La camarade méritante du peuple n'en croit pas ses yeux. L'ennemi de classe déploie une bannière publicitaire pour une boisson fraîche impérialiste sur la façade du bâtiment préfabriqué d'en face. Le filme est un mélange merveilleusement équilibré de grotesque tendre et de réflexion ironique sur l'époque. Cette farce attachante respire le charme des comédies de la classe ouvrière britannique.

"Die Welle" (Dennis Gansel, 2008) :

Une catastrophe comme le national-socialisme peut-elle se répéter ? C'est la question que le réalisateur de "Napola", Dennis Gansel, explore dans son nouveau film Die Welle. Une leçon d, 'allemand très excitante avec Jürgen Vogel dans le rôle d'un professeur qui fait apparaître le mal. Allemagne, aujourd'hui. Le professeur de lycée Rainer Wenger lance une expérience de dynamique de groupe pendant une semaine de projet sur le thème des "formes de gouvernement". Le point de départ est la question d'un élève sur les origines du fascisme : comment les Allemands pouvaient-ils rester complètement calmes alors que les nazis massacraient des gens en masse ?

"Der Nachtmahr" (Achim Bornhak, 2016) :

Tina est une adolescente normale. Pour une personne de seize ans, elle s'en sort relativement bien. Cela change brusquement lorsqu'elle est soudainement hantée par de terribles cauchemars après une grande fête. Comme elle ne veut pas être considérée comme un monstre, elle cache ce qu'elle fait à ses amis et à ses parents. Mais à un moment donné, elle ne peut plus empêcher son environnement social de découvrir la créature - et de la voir elle-même.

"Systemsprenger" (Nora Fingscheidt, 2019) Depuis plusieurs années, Bernadette, surnommée Benni, âgée de neuf ans, passe d'une famille d'accueil à une autre. Bafané, employée du Bureau d'aide sociale à la jeunesse, et Micha, formateur en matière de lutte contre la violence, veulent enfin trouver un foyer permanent pour la jeune fille, mais Benni est déterminée à être chassée de toutes les familles car elle veut désespérément retourner auprès de sa mère . Mais Bianca a peur de sa propre fille et n'ose pas reconstruire sa relation avec elle.

Cette histoire du cinéma est une histoire de la transformation de ses dispositifs. Son émergence fait l'objet d'un examen anthropologique. Le but du travail est de découvrir dans quelle mesure les influences sociales, économiques et techniques façonnent l'évolution de l'économie. influences sur le cinéma et lesquels de ces facteurs sont responsables de la constitution de la et quels facteurs sont responsables de la constitution des dispositifs respectifs. Trois époques démocratiques allemandes seront périodes démocratiques en Allemagne : la République de Weimar (1918-1933), dans laquelle le cinéma est comme l'espace expérimental de la culture de masse, la période de la coalition sociale-libérale (1969-1982), dans lequel le cinéma est utilisé comme une plateforme pour un contre-public politique, et le présent et le présent depuis le nouveau millénaire, dans lequel la numérisation progressive du film la numérisation de la salle de cinéma, différentes visions des concepts du cinéma sont liées.

Pour plus d'informations :

Johanna

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